DIFFICILE INSERTION PROFESSIONNELLE DES ÉTUDIANTS : Une difficulté qui condamne la jeunesse à l’entrepreneuriat

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De plus en plus, l’entrepreneuriat prend de l’ampleur. Nombreuses sont les organisations qui en font la promotion, sans oublier l’apologie constante sur les réseaux sociaux. Constat frappant, plusieurs étudiants délaissent progressivement les cours au profit d’activités génératrices de revenus.

Selon les statistiques nationales, le taux d’admissibilité au baccalauréat session 2024‑2025 est de 73,2 %, soit 57 349 élèves admis. Cette foule est en majorité répartie dans les différentes écoles et universités de formation du territoire béninois. Leur objectif, suivre une formation qualifiante pour se construire un avenir professionnel. De là naît une préoccupation : tout le monde parviendra‑t‑il à tirer son épingle du jeu ? Déjà, le nombre d’étudiants diplômés en attente d’emploi reste considérable. À celui‑ci viendra s’ajouter celui des étudiants en cours de formation. Dans ce système marqué par la précarité du marché de l’emploi, il devient alors nécessaire de trouver des alternatives. Ainsi, à l’image d’une solution providentielle, l’entrepreneuriat apparaît comme la solution miracle.

Les avantages de l’entrepreneuriat. L’entrepreneuriat permet de lutter contre le chômage en favorisant l’auto‑emploi. Dans des économies où les diplômés sont de plus en plus nombreux et les postes disponibles insuffisants, il ouvre une voie nouvelle à ceux qui refusent de rester inactifs. Il stimule l’innovation et encourage la créativité. Beaucoup de jeunes développent aujourd’hui des solutions adaptées aux réalités locales, que ce soit dans le commerce, le numérique, l’agriculture ou les services. Il contribue au développement économique et social. Une petite initiative peut, avec le temps, devenir une entreprise capable d’employer plusieurs personnes et de participer à la richesse collective. Enfin, il favorise l’autonomie financière et développe des qualités essentielles telles que le sens des responsabilités, la persévérance et l’esprit d’initiative.

Rissikath Imorou, étudiante en licence 1 de sociologie à l’Université de Parakou (Up), affirme :
« En général, il n’y a plus de travail au pays et l’entrepreneuriat se révèle comme la meilleure option pour ne pas rester inactif. Aussi, nous les jeunes, n’aimons pas être sous commandement ; alors, en entreprenant, nous devenons notre propre chef ».

Les limites et illusions

Cependant, une interrogation subsiste, silencieuse mais profonde : tout le monde peut‑il devenir entrepreneur ? Les campagnes de sensibilisation, associées à l’influence des réseaux sociaux, donnent l’impression que la réussite dans les affaires est accessible à tous et garantit systématiquement une réussite financière. Conséquence, tout le monde veut devenir entrepreneur, au détriment du cursus académique.

Mais il est important de remarquer que très souvent, ce sont les réussites qui sont mises en avant. Les échecs, eux, sont occultés. L’éternel refrain stipulant que « l’on peut partir de zéro pour devenir un héros » participe à cette idéalisation. Or, aucune entreprise ne naît véritablement de rien. Toute activité nécessite un minimum de ressources, qu’elles soient financières, intellectuelles ou relationnelles. Même les entrepreneurs les plus célèbres ont bénéficié, à un moment ou à un autre, d’un accompagnement, d’une formation ou d’un capital de départ.

Bernard Kouagou, étudiant en licence 2 de Lettres Modernes à l’Up, confie : « Nombreux sont ceux qui ont digitalisé l’entrepreneuriat aujourd’hui en espérant se faire des millions parce que, sur les réseaux sociaux, il est présenté comme un moyen de réussir facilement et à moindre effort. Mais la réalité est tout autre. Avant d’atteindre cet objectif, ils devront affronter bon nombre de difficultés et d’échecs ».

La question des aptitudes

Tout le monde ne possède pas les mêmes habiletés. Certains excellent dans l’entrepreneuriat, tandis que d’autres sont plus compétents dans l’enseignement, la comptabilité, la médecine ou encore l’ingénierie. Une société équilibrée ne peut fonctionner uniquement avec des entrepreneurs ; elle a également besoin de cadres qualifiés et de professionnels dans divers domaines.

À ce propos, Salamatou Sanda, étudiante en licence 2 de Sciences Politiques et Relations Internationales à l’Up, déclare :
« Aujourd’hui, nous constatons avec désarroi que, dans le rang des étudiants, tout le monde veut devenir entrepreneur. Résultat, les étudiants deviennent des diplomates dans les entités et des entrepreneurs en action. On apprend simplement pour les examens. Mais une question se pose : si tout le monde veut vendre, qui va acheter chez qui ? »

Vers une complémentarité

L’entrepreneuriat est incontestablement une issue de sauvetage, mais le considérer comme l’unique solution est un abus. Déserter les amphithéâtres n’est pas la bonne option. Saturer le marché de l’entrepreneuriat n’est pas mieux, car la lenteur est aussi une forme de chômage. La meilleure approche reste une complémentarité entre l’éducation et l’esprit entrepreneurial.

Maïmounatou D., étudiante en licence 3 d’études germaniques à l’Up, souligne : « Plus on évolue, plus la vision augmente. En progressant dans les études, on acquiert des compétences qui permettent d’être un entrepreneur performant »

Abondant dans le même sens, Rissikath Imorou ajoute :
« Entreprendre, c’est bien, mais il faut savoir entreprendre. Entreprendre, c’est un art, et l’art, ça s’apprend. Les entrepreneurs qui n’ont pas étudié témoignent aujourd’hui que, s’ils avaient eu la chance d’étudier, leurs performances seraient autres. De l’école, on peut donc tirer l’avantage de la connaissance de l’entrepreneuriat en lui‑même. »

L’école permet d’obtenir des connaissances et des compétences professionnelles. L’entrepreneuriat développe l’innovation et la créativité. Une cohabitation et une alliance rationnelle entre les deux ne pourraient que mener à bon port.

Iradath SAMA (Stg)

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