100 JOURS DE ROMUALD WADAGNI AU POUVOIR : Les AME espèrent toujours un geste d’amour du président
Cent jours après son investiture à la tête du Bénin, le président Romuald Wadagni commence à imprimer sa marque à l’action publique. Mesures sociales, proximité avec les populations, diplomatie régionale et poursuite des réformes sont entre autres des actes qui séduisent. Les premiers mois de son mandat ont été marqués par plusieurs décisions dans des secteurs essentiels de la vie nationale. Parmi les mesures sociales annoncées figure notamment la gratuité de la scolarité des filles jusqu’en classe de terminale, tandis que d’autres actions ont concerné la santé, l’agriculture et les conditions d’accès aux marchés moderne. Mais dans le secteur de l’éducation, une attente, celle des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME), demeure particulièrement forte. À l’heure du bilan symbolique des 100 premiers jours de gouvernance, nombreux sont ceux qui espèrent encore un acte fort du chef de l’État en faveur de ces milliers d’enseignants qui assurent quotidiennement une part importante du fonctionnement de l’école béninoise.
Au cœur de leurs attentes se trouve une revendication devenue récurrente. Il s’agit du reversement des AME dans un statut plus stable au sein de la Fonction publique. Depuis plusieurs années, les enseignants concernés réclament une clarification durable de leur situation professionnelle. Le Creuset national des Aspirants au Métier d’Enseignant avait d’ailleurs rappelé, au cours de la campagne présidentielle, plusieurs préoccupations liées notamment au reversement, au traitement salarial selon les diplômes, à la prise en compte de l’ancienneté et aux conditions de travail. Pour certains AME, les avancées enregistrées dans le domaine de l’éducation ne doivent cependant pas faire oublier que la qualité de l’école dépend aussi des conditions de vie et de travail de ceux qui y enseignent. La gratuité de la scolarité constitue une mesure sociale importante, mais elle ne saurait, à elle seule, répondre à toutes les préoccupations du système éducatif si l’enseignant demeure confronté à la précarité et à l’incertitude professionnelle.
«Que vaut la gratuité de la scolarité si l’enseignant, en pleine séance de cours, est préoccupé par la manière de trouver de quoi satisfaire ses besoins essentiels ? », s’interrogent des voix au sein de cette catégorie. Derrière cette interrogation se cache une question plus large. Quelle place la nation accorde-t-elle aujourd’hui à la fonction enseignante ? La grille salariale, les primes, la stabilité professionnelle et le reversement constituent ainsi des attentes majeures. À quelques semaines de la rentrée scolaire, la question du changement de statut des AME reste d’ailleurs au centre de leurs préoccupations, leurs représentants continuant de réclamer une solution durable.
Pour beaucoup, le président Romuald Wadagni dispose encore de tout son mandat pour répondre à cette attente. Mais les enseignants concernés estiment qu’un signal fort, même progressif, aurait une portée considérable. Le reversement d’une première vague, notamment celle des enseignants ayant intégré le dispositif depuis 2019, pourrait, selon eux, constituer un début de réponse et un symbole fort de reconnaissance envers ceux qui servent l’école béninoise depuis plusieurs années.
Au-delà de la revendication corporatiste, le débat interpelle directement l’avenir de l’éducation. Car un pays qui ambitionne de former une jeunesse compétente, productive et attachée au savoir doit également s’interroger sur l’image qu’il renvoie de la profession enseignante.
L’ambition devrait être qu’un enfant puisse répondre fièrement, lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite devenir : « Je veux être enseignant. » Or, lorsque certains jeunes en viennent à considérer des activités incertaines ou dangereuses comme plus rentables que les études et les métiers issus de l’école, c’est toute la société qui doit se questionner sur la valeur accordée au savoir et à ceux qui le transmettent. Après 100 jours de présidence, le bilan de Romuald Wadagni se construit donc sur des orientations et des actes déjà perceptibles.
Mais pour les AME, une page importante reste encore à écrire. Ils ne réclament pas seulement une amélioration administrative de leur statut. Ils espèrent surtout un geste d’amour, de reconnaissance et de confiance envers la profession enseignante. Car investir dans l’enseignant, ce n’est pas céder à une revendication. C’est investir directement dans l’avenir du Bénin.
Sébastien YANGA
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